Fases De Las Personas

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La passion chez Stendhal n'a pas seulement une valeur intrinsèque. Les ames de qualité attendent davantage qu'une existence plate ou une ambition ordinaire. Lorsqu'elles découvrent l'amour c'est l'illumination soudaine, l'écroulement des décors de ce théatre d'ombres, l'apparition de la vraie vie.

C'est parce qu'il se fait une très haute idée de l'amour qu'il a peur de le rabaisser en parlant-mal - de ses manifestations physiques. Non qu'il en méconnaisse l'importance, mais parce qu'il appréhende une manière de fiasco littéraire. N'est-ce pas cette crainte qu'il veut exprimer aussi dans Henri Brulard lorsque revient sous sa plume y plusieurs reprises cette idée de la difficulté d'écrire: "On gate des sentiments si tendres y les raconter en détail."

En vérité le ton faussement désinvolte de ses lettres ne doit pas faire illusion. S'il use de mots crus et joue les cyniques, c'est pour préserver sa réputation d'esprit fort et se protéger contre les railleries de ses amis. Mais il force son talent et, paradoxalement, le vrai Stendhal n'est pas celui de la vie courante, le correspondant de Mérimée, c'est celui de ses romans, pour qui "la pudeur est la mère de la plus belle passion du coeur humain, l'amour", et qui écrit y la fin de sa vie: "Je ne me souviens, après tant d'années et d'événements, que du sourire de la femme que j'aimais."

Certains le soupçonnent d'avoir été un "babilan" comme Octave de Malivert dont il a raconté les amours malheureuses dans Armance. Cette hypothèse est aujourd'hui largement réfutée par les historiens littéraires qui en appellent, non sans quelque raison, aux témoignages très explicites de ses matresses, en particulier aux lettres de la comtesse Curial et aux confidences d'Alberte de Rubempré, lesquelles apparemment ne se seraient pas contentées de l'ame.

L'absence de toute allusion y une technique physique de l'amour dans les romans de Stendhal n'empêche pas la présence d'un érotisme diffus qui se nourrit d'un geste, d'un regard, d'un parfum, de l'éclat soudain d'un bras nu ou d'une épaule découverte. Cette présence secrète n'a pas échappé y André Malraux qui observe y propos de "l'individualisation de l'érotisme" dans une préface y L'amant de lady Chatterley: "Le livre parfait de la fin du XIX" siècle, en ce domaine, eût été un supplément au Rouge et Noir ou Stendhal nous eût dit comment Julien couchait avec Mme de Rénal et Mathilde de La Mole, et la différence des plaisirs qu'ils y prenaient tous les trois."

Ce qui est vrai c'est que son extrême sensibilité a pu jouer y Stendhal de mauvais tours dans certaines circonstances. Il nous raconte lui-même que lors d'une "délicieuse partie de filles" organisée par ses amis y Paris lors de son retour de Milan, laissé seul avec une courtisane débutante, la belle Alexandrine, il s'avéra défaillant et fit "un fiasco complet" parce qu'il ne pouvait se débarrasser du souvenir de Mathilde la bien-aimée. D'ou sa curiosité pour rechercher les causes des fiascos qui nous vaut un chapitre dans De l'amour. Mais il est un peu rapide d'arguer de ces incidents de parcours que ce subtil analyste de la passion aurait été réduit au platonisme pur.

Et pourtant le sujet en lui-même pouvait paratre scabreux puisqu'il s'agissait de l'amour incestueux d'une belle duchesse pour son neveu. Mais Balzac encore a raison d'admirer: "¿Faire un personnage noble, grandiose, presque irréprochable d'une duchesse qui rend un Mosca heureux et ne lui cache rien, d'une tante qui adore son neveu Fabrice, n'est-ce pas un chef-d'oeuvre?"

Aussi dans l'oeuvre romanesque l'auteur a-t-il fait un choix esthétique et moral. A tort ou y raison, mais consciemment, Stendhal a proscrit le langage ordinaire d'Henri Beyle. Il refuse par un évident parti pris de nous parler autrement que par ellipse de cet amour que l'on nomme physique, alors que dans ses écrits intimes il semble au contraire prendre parfois un malin plaisir y scandaliser par son vocabulaire de corps de garde.

C'est un trait commun aux personnages stendhaliens issus de la haute société qu'ils ne se satisfont pas de leur condition. L'orgueilleuse Mathilde de La Mole est apparemment comblée par le sort: "¿Que pouvait-elle désirer? La fortune, la haute naissance, l'esprit, la beauté y ce qu'on disait, et y ce qu'elle croyait, tout avait été accumulé sur elle par les mains du hasard." Pourtant les brillants cavaliers "parfaits, trop parfaits" qui lui font la cour l'ennuient: "Elle abhorrait le manque de caractère, c'était sa seule objection contre les beaux jeunes gens qui l'entouraient. Plus ils plaisantaient avec grace tout ce qui s'écarte de la mode, ou la suit mal croyant la suivre, plus ils se perdaient y ses yeux." Ce qui l'attire - et l'irrite - chez Julien c'est qu'il ne ressemble pas aux autres, et qu'il a précisément du caractère: "Celui-la n'est pas né y genoux, pensa-t-elle."